Bélem, avril 2010 , une nouvelle aventure : mouillage dans l 'Helford River
3 H 45 . J'entends à peine la voix qui murmure : " C'est l'heure ". Je me glisse hors de ma banette, attrape mes affaires réunies avant de m'endormir et, les bottes à la main, je file hors de la batterie . Avant toute chose , boire un café bien chaud accompagné d'un quignon de pain.
Je grimpe sur le pont avec mes compagnons . Direction la dunette où le gabier responsable du quart nous donne nos affectations . Avec Poussin et deux autres stagiaires , nous commençons par la barre.
Nous devons suivre un cap au 115 . Seulement voilà : il n'y a pas le moindre souffle de vent . Même pas de quoi faire frémir un coquelicot . Alors de là à gonfler les lourdes voiles du Bélem... L'océan est un lac , ce qui ne doit pas très fréquent dans les parages, à cette époque de l'année.
Résultat : impossible de tenir le cap. La barre est à fond, mais le Bélem ne veut rien savoir : il remonte dans le vent. Nous nous retrouvons au 240 . Et là, le Bélem nous sort le grand jeu : les voiles se mettent à contre . Il fait chapelle !
Bien sûr il n'y a pas péril. Nous ne sommes pas dans les 40 ° rugissants ou en train de passer le Cap Horn . Mais nous ne pouvons pas rester ainsi. Si le vent se levait, la situation pourrait devenir problématique. Alors j'entends Eymeric, le second capitaine, qui murmure entre ses dents : " Mesdames, Messieurs, il va falloir brasser ... ".
Nous ne sommes que 9 stagiaires sur le pont . Il y a des moments où l'on regrette vraiment de ne pas être musclor . Ou de ne pas passer ses vacances, allongée sur la plage , sous un cocotier . Mais qu'allait-elle donc faire dans cette galère ???
Avant de brasser , il faut carguer les voiles , c'est à dire les remonter le long des vergues. Sinon la résistance au vent serait beaucoup trop importante pour pouvoir modifier l'orientation des vergues. Alors, hardi les gars ! Que je te cargue le Grand Perroquet et que je te cargue le Grand Cacatois ! Nous sommes en avril, près de la côte anglaise, il est 4 H 30 du matin, l'atmosphère est chargée d'humidité . Mais je vous jure que je n'ai plus froid . Vive la marine à voiles !
Après avoir effectué la manoeuvre de virement, il faut lover tous les bouts sur les cabillots. Car le pont ne doit pas rester encombré, même et surtout en pleine nuit . Quoi qu'il en soit, nous reprenons notre route , en suivant le bon cap , et l'essentiel est là.
6 H 45 : avec Poussin, nous préparons la table pour le petit-déjeuner . En évitant de faire du bruit, car ça ronfle fort dans les banettes. Le repas se passe dans la bonne humeur . Nous autres, les stagiaires du 2° tiers " accusons " les copains du 1er tiers de nous avoir laisser la barre dans des conditions périlleuses . Les " mises-en-boite " fusent . On se taquine gentiment .
8 H 00 : poste de propreté . Avec Juliette , nous sommes affectées au nettoyage des sanitaires des dames . Et même là , il y a des cuivres à astiquer au miror.
Après le service, je fais un petit tour devant le tableau d'affichage pour découvrir le programme du jour . Et surtout LE dicton. Nous sommes dans les eaux territoriales anglaises et le Commandant nous propose un dicton , couleurs locales . Je cite : " Red sky at night, sailor's delight. Red sky at morning, sailor's warning ". Ce qui dans la Marine Française signifie : " Ciel rouge du soir, délice du marin. Ciel rouge du matin, attention marin ".
Aujourd'hui, la conférence du Commandant est consacrée au gréement. Je resterais des heures à écouter parler de gréement dormant et de gréement courant . A chacun ses plaisirs .
Normalement l'après-midi doit être consacré à grimper dans la mâture et à faire du matelotage. Grimper dans la mâture : ça, j'en rêve vraiment ... En fait l'exercice est reporté et nous filons le long des côtes de Cornouaille, en direction de Fallsmouth. Nous sommes dépassés par de gros cargos, tous plus laids les uns que les autres. De gros cubes flottants , dont on se demande bien comment ils peuvent flotter . En les regardant je suis d'autant plus heureuse d'être à bord du Bélem.
Nous mouillons dans Helford River, hâvre de paix qui me rappelle Belle-Ile . Comme j'aime ces paysages . Et quelle chance de redécouvrir cet endroit par une météo estivale en ce 27 avril.
18 H 00 : nous sommes tous réunis sur le spardesk pour le punch du Commandant. Après trois jours de Sainte Alix, célèbre eau minérale du nord-Bretagne , voilà un vrai bonheur ...
Après le dîner, nous embarquons avec les copains dans le zodiak pour une soirée dans le tout petit port d'Helford River. J'ai beaucoup sympathisé avec Juliette la nordiste et Poussin, le wallon du bord. Et il y a aussi Jean Luc, Myriam et Aurélie. Ces cinq là, sont des anciens du Bélem qui ont à leur actif de nombreux embarquements. Voyages en Irlande, en Gaspésie au Canada et même transats. Je les écoute parler de leurs souvenirs . Et j'ai envi de vivre les mêmes beaux moments.
Pour l'instant c'est ce charmant petit port de Cornouaille qui nous attend . Maisons au crépi blanc entourées de jardinets impécablement tenus, ruelles serpentant entre les haies fleuries qui exhalent des parfums oubliés après ces quelques jours passés en mer : tout y est . Il ne manque que Barnaby ... Après la découverte des rues du village , nous avons le choix entre le bar du Yatching Club ou le pub local. Evidemment nous préférons le second. Nous y retrouvons quelques hommes de notre équipage. Avec Juliette, nous nous montrons très sage côté consommations . Poussin et Jean Luc ont manifestement un goût prononcé pour la Guiness . Normal : il faut bien rendre hommage à Ernest.
Le zodiak doit nous récupérer à minuit au ponton situé au pied du Yatch Club. Et là, énorme rigolade. Car c'est bien connu : en Manche, il y a des marées , même du côté anglais ! Et nous sommes en période de forts coefficients. Tant et si bien , qu'entre l'extrémité du ponton et le zodiak , il y a bien 100 mètres... de vase. Impossible d'embarquer. Donc, demi-tour pour une re-traversée du village afin de rejoindre un autre ponton que nous espérons à flot. En marchant dans les ruelles nous nous imaginons déjà en train de passer la nuit ici, en attendant la remontée de la marée. Une vraie palanquée de marins d'eau douce !
Il y a un tout petit peu d'eau à l'extrémité du deuxième ponton. Nous sommes 13 à embarquer dans le zodiak . Le bosco qui dirige la manoeuvre est obligé de pousser très fort pour écarter notre embarcation du ponton car avec notre poids, ça touche . Puis, à fond les manettes , nous filons sur l'Helford River pour regagner le bord. La mâture du Bélem est tout éclairée. On ne voit que ça dans la nuit noire. Spectacle magnifique !
Une fois à bord, nous aidons les gabiers à hisser le zodiak sur le spardesk . Il est 1 H du matin et nous brassons encore ! Nous " sommes sur le pont " depuis 3 H 45 la veille . Belle journée !




























